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Qu'est ce qu'un talibé ? 
« Chaque jour que Dieu fait, ils sont des milliers à sillonner les artères de Dakar. Envoyés pour chercher de l'aumône, ils sont souvent maltraités par les grands. Les talibés sont des enfants comme les autres, mais apparemment dépourvus du nécessaire ».

Historiquement et étymologiquement, le talibé désigne un étudiant du coran, il est âgé de 5 à 25 ans et est « confié à un maître coranique chargé de son éducation » spirituelle, religieuse et sociale. Le daara ou école religieuse est situé dans une localité éloignée du lieu de résidence du jeune apprenant. « Les daaras subvenaient à leurs besoins grâce aux récoltes agricoles opérées par les talibés les plus âgés. De plus, la communauté villageoise donnait aux marabouts les moyens d'assumer ses responsabilités et mettait le talibé dans des conditions d'étude acceptables. En échange de l'éducation des enfants, les marabouts recevaient de la part des populations, une aide matérielle ou des services…

 

 

enfants encadrés

Dans les daaras, les talibés apprenaient une partie des versets du coran et recevaient une éducation religieuse. Le passage par le daara était un moyen de démocratiser l'éducation islamique dans la mesure où tous les enfants, quel que soit leur milieu social d'origine, avaient accès à l'école coranique. A côté de cela, les talibés participaient aux travaux agricoles et à la vie communautaire. Ils apprenaient une des vertus essentielles, l'humilité et le sens de la vie ascétique ». La sécheresse des années 70-80 a entraîné la migration des « seriñ » (maître coranique) vers des contrées plus clémentes : les villes. On assiste dès lors à une aggravation des conditions de vie des plus jeunes « talibé » en proie à de nouvelles réalités.

« Aujourd'hui, on les rencontre un peu partout au centre comme aux périphéries des villes, partout (trottoirs, carrefours, feux rouges, pompes à essence, devantures de restaurants) où le passant et l'automobiliste sont à leur portée, ils mendient. Sales et vêtus de guenilles, ils font partie du décor de la ville. Ils ne sont pas ressentis comme un "danger", mais souvent comme une "gêne", par les adultes pressés, qui feignent de ne même pas les apercevoir. Ils sont obligés de mendier dans la rue plusieurs heures par jour, pour pourvoir aussi bien à leurs besoins qu'à ceux de leurs marabouts, car la plupart du temps leurs familles n'ont pas les moyens de contribuer financièrement aux dépenses de leurs écoles. L'éducation qu'ils " autofinancent " par cette activité, consiste en l'apprentissage par mémorisation du Coran et la connaissance des valeurs de l'Islam. Elle doit leur servir de socle, pour devenir des adultes respectueux des préceptes de leur religion. Ce sont pourtant des enfants pourvus de droits, mais leurs conditions de vie sont très dures.

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Ils manquent d'affection, et leur santé est précaire. La situation vécue par une part importante de ces jeunes a suscité maintes interrogations qui, toutes tendent à atténuer les souffrances physiques et morales que vivent ces enfants. Aujourd'hui, l'on tente de trouver les stratégies idoines pour, d'une part, satisfaire aux exigences de l'apprentissage du coran et, d'autre part, offrir au talibé des conditions d'existence correctes, base d'un développement physique, mental et social harmonieux. Voilà la perspective dans laquelle s'insère notre projet.

Au demeurant, refuser d'agir ou ne pas agir c'est laisser la porte ouverte à l'analphabétisme, à la délinquance, etc. L'originalité de la démarche d'ADPT est qu'elle aspire à rompre avec l'assistanat, jusque là considéré comme un pilier des politiques d'intervention en faveur des talibés, ADPT prône, en réalité, un partenariat aussi bien avec les marabouts que les talibés eux-mêmes. ADPT aura d'abord un rôle de suscitation positive, en d'autres termes des mécanismes d'émulation seront activés au sein même des daaras pour engager la réflexion et préparer les actions à mener pour régler, de manière quasi définitive, le spectacle désolant des enfants errants, aux guenilles malodorantes, affamés et parfois malades. ADPT fait sienne la Déclaration des droits de l'enfant : « l'enfant a droit à une alimentation, à un logement, à des loisirs et à des soins médicaux adéquats ».